Aperçu
Banteay Kdei, dont le nom signifie « Citadelle des Chambres » ou « Citadelle des Cellules de Moines », est un vaste complexe bouddhique élevé par le roi Jayavarman VII à la fin du XIIe siècle. Situé sur le Petit Circuit, juste au sud du célèbre Ta Prohm, Banteay Kdei offre une atmosphère remarquablement proche : corridors sinueux, racines envahissantes, lente érosion des pierres et beauté hantée d'un temple à demi en ruines — mais avec une fraction de la foule. Pour qui recherche cette expérience romanesque, à la Indiana Jones, sans avoir à jouer des coudes avec les groupes organisés, Banteay Kdei est l'un des temples les plus gratifiants de tout le parc.
Jayavarman VII fut le plus prolifique des bâtisseurs de l'histoire angkorienne. Son règne (approximativement de 1181 à 1218) a vu s'élever une multitude de temples, d'hôpitaux, de maisons de repos et d'ouvrages d'infrastructure à travers l'Empire khmer. Banteay Kdei s'inscrit dans cette frénésie constructive : édifié dans le style du Bayon caractéristique des œuvres de Jayavarman VII, avec ses tours-visages emblématiques, son iconographie bouddhique et une qualité d'exécution un peu hâtive qui trahit le rythme ambitieux du programme royal.
Le temple s'élève sur le site d'une structure plus ancienne, et l'archéologie suggère que l'endroit était sacré bien avant que Jayavarman VII ne fasse bâtir le complexe actuel. En 2001, une découverte archéologique majeure y fut faite : une équipe de l'Université Sophia, au Japon, mit au jour un dépôt de 274 statues de Bouddha enfouies dans l'enceinte du temple. Ces statues avaient été délibérément ensevelies, probablement lors de la réaction hindoue sous Jayavarman VIII au XIIIe siècle, époque où les images bouddhiques de l'ensemble d'Angkor furent systématiquement détruites ou cachées. Cette découverte a apporté un témoignage inestimable sur l'art bouddhique et l'iconoclasme à la fin de la période angkorienne.
Que voir
- La Salle des Danseuses : l'un des éléments les plus remarquables de Banteay Kdei est sa « Salle des Danseuses », une galerie à colonnes près de l'entrée orientale dont les piliers sont ornés d'apsaras (danseuses célestes) sculptées. Ces figures gracieuses, chacune dans une pose légèrement différente, courent autour des colonnes en bas-relief et donnent à la salle son nom évocateur. Des salles similaires se rencontrent à Ta Prohm et à Preah Khan — tous des temples de Jayavarman VII —, ce qui suggère qu'elles remplissaient une fonction cérémonielle précise liée aux danses sacrées.
- Les quatre gopuras d'entrée : on pénètre dans Banteay Kdei par d'imposants gopuras (pavillons d'entrée) aux quatre points cardinaux. Le gopura oriental, entrée principale, s'orne d'une tour-visage de style Bayon — massive tour de pierre sculptée de quatre visages sereins tournés vers les directions cardinales, motif emblématique de l'architecture de Jayavarman VII. Ces tours-visages relient Banteay Kdei, visuellement et spirituellement, au Bayon lui-même et aux autres temples de la famille Jayavarman VII.
- L'envahissement des racines : comme à Ta Prohm, Banteay Kdei offre des exemples saisissants de la lutte permanente entre l'architecture de pierre et la végétation tropicale. Des fromagers monumentaux et des figuiers étrangleurs ont fait courir leurs racines sur les murs, à travers les portes et entre les blocs de pierre, donnant naissance à cette esthétique photogénique de temple-jungle qui attire tant de visiteurs à Angkor. Comme Banteay Kdei a été moins restauré que beaucoup d'autres temples, ces enchevêtrements racinaires y sont parfois plus étendus et plus spectaculaires.
- Les enceintes concentriques : le temple compte trois murs d'enceinte concentriques, chacun pourvu de ses gopuras. À mesure que l'on avance vers le cœur du sanctuaire, le sentiment de sacralité et de retraite s'intensifie peu à peu. Le caractère labyrinthique des couloirs et des chambres situés entre les enceintes confère au temple son nom et l'essentiel de son atmosphère : il est facile de s'y perdre avec délice dans des passages tortueux.
- Devatas sculptées et détails décoratifs : malgré une qualité d'exécution généralement plus rude que celle des temples plus anciens, Banteay Kdei présente de magnifiques devatas sculptées sur ses murs, ainsi que des linteaux, frontons et frises décoratifs. L'iconographie bouddhique comprend des scènes de la vie du Bouddha et divers bodhisattvas, entrecoupés d'éléments hindous ajoutés lors de la réaction brahmanique ultérieure.
Architecture et construction
Banteay Kdei est édifié principalement en grès et en latérite : la latérite est employée surtout pour les murs d'enceinte, le grès étant réservé aux structures décoratives et sacrées. Le temple suit le plan typique du style du Bayon, avec ses enceintes concentriques, ses gopuras cruciformes, ses galeries de liaison et son sanctuaire central. L'emprise au sol est considérable, environ 700 mètres sur 500 en comptant l'enceinte extérieure, ce qui en fait l'un des plus grands complexes temple d'Angkor.
La qualité de construction à Banteay Kdei, bien qu'impressionnante par son ampleur et son ambition, est sensiblement moins raffinée que celle des temples angkoriens antérieurs. Les blocs de pierre s'ajustent avec moins de précision, la sculpture décorative est par endroits plus superficielle et certains éléments architecturaux semblent assemblés à la hâte. Cela reflète le volume colossal des chantiers que Jayavarman VII menait simultanément durant son règne : avec des dizaines de projets majeurs en cours à la fois, la main-d'œuvre se trouvait sollicitée à l'extrême et les standards habituels de l'artisanat ne pouvaient pas toujours être maintenus. Cette hâte, paradoxalement, ajoute au charme atmosphérique de Banteay Kdei : la pierre légèrement plus grossière, conjuguée à la végétation, crée un sentiment d'âge et de décrépitude particulièrement évocateur.
Le temple fait l'objet de recherches archéologiques continues menées par les équipes japonaises de l'Université Sophia, dont les travaux ont énormément contribué à la connaissance du site. Leur découverte du dépôt de Bouddhas enfouis en 2001 figure parmi les trouvailles archéologiques les plus importantes faites à Angkor ces dernières décennies. Les travaux de conservation se poursuivent, axés sur la stabilisation des structures les plus menacées tout en préservant le caractère atmosphérique du temple.
Banteay Kdei et Srah Srang
Juste en face de l'entrée orientale de Banteay Kdei, de l'autre côté de la route, s'étend le Srah Srang, le « Bain Royal » — un vaste réservoir artificiel, ou baray, creusé à l'origine au Xe siècle puis remanié par Jayavarman VII. Le Srah Srang possède une magnifique plateforme d'embarquement bordée de balustrades à nagas (serpents) sur sa rive ouest, et le bassin lui-même reste rempli d'eau toute l'année. Au lever du soleil, ses eaux reflètent le ciel en nuances de rose et d'or, ce qui en fait l'un des plus beaux points d'observation du soleil levant à Angkor — et une alternative bien moins courue qu'Angkor Wat. Coupler la visite de Banteay Kdei avec celle du Srah Srang fait de ce secteur une destination particulièrement gratifiante en début de matinée.
Conseils de visite
- Comptez 45 minutes à 1 heure : Banteay Kdei est vaste et son plan en labyrinthe récompense une exploration sans hâte. Prévoyez assez de temps pour flâner dans les corridors et découvrir des recoins que les autres visiteurs manquent.
- Venez tôt pour le lever de soleil au Srah Srang : arrivez au Srah Srang pour le lever du jour, puis traversez la route pour explorer Banteay Kdei dans le calme du petit matin, avant que la foule ne déferle sur Ta Prohm tout proche.
- Savourez l'atmosphère paisible : Banteay Kdei reçoit nettement moins de visiteurs que Ta Prohm, alors que l'expérience est très semblable. Vous pourriez vous retrouver seul dans bien des parties du temple, surtout en début ou en fin de journée.
- Cherchez le site des Bouddhas enfouis : des panneaux d'information près du lieu de la découverte de 2001 expliquent la trouvaille et son importance. En comprendre l'histoire ajoute de la profondeur à la visite.
- Attention où vous mettez les pieds : l'état partiellement ruiné du temple signifie sols irréguliers, pierres descellées et racines apparentes un peu partout. Portez de bonnes chaussures et regardez où vous marchez, surtout dans les corridors intérieurs plus sombres.
Comment s'y rendre depuis la Villa Agati
Banteay Kdei se trouve à environ 12 kilomètres de la Villa Agati, soit 25 à 30 minutes en tuk-tuk. Le temple est situé sur le tracé du Petit Circuit, juste au sud de Ta Prohm et directement face au Srah Srang. C'est un ajout simple et particulièrement gratifiant à tout itinéraire du Petit Circuit, surtout si vous le combinez avec un lever de soleil au Srah Srang.
Les chauffeurs en tuk-tuk de la Villa Agati peuvent vous concocter un itinéraire qui vous conduit au Srah Srang à l'aube, puis à Banteay Kdei, avant de poursuivre vers Ta Prohm et les autres temples du Petit Circuit. Un Pass Angkor est requis pour l'entrée.