Aperçu
Baksei Chamkrong fait partie de ces petits temples souvent négligés qui récompensent ceux qui prennent le temps de s'arrêter. Au pied de la colline du Phnom Bakheng, juste au sud de la chaussée qui mène à la Porte Sud d'Angkor Thom, cette pyramide compacte aux proportions superbes se repère facilement depuis la route, mais reste à l'écart des cars de touristes qui filent entre les grands sites. À ceux qui prennent la peine de s'y attarder, elle offre un moment de contemplation paisible et certains des plus beaux ouvrages de l'Angkor des premiers siècles.
Le temple fut achevé vers 948 par le roi Rajendravarman II et dédié à Shiva. Il fut élevé en hommage aux parents et grands-parents du souverain, perpétuant une longue tradition khmère de dédicace ancestrale. L'image dorée de Shiva qui se dressait jadis à l'intérieur du sanctuaire de brique était décrite, dans l'inscription de fondation du temple, comme entièrement plaquée d'or — une mesure de l'importance que ce petit édifice tenait dans le programme religieux royal.
Le nom « Baksei Chamkrong » se traduit approximativement par « l'oiseau qui s'abrite sous ses ailes ». Selon la légende locale, lors d'un siège d'Angkor, un grand oiseau se posa sur le temple et déploya ses ailes pour protéger le roi en fuite. Que l'on prête foi à ce récit ou non, le nom évoque magnifiquement la silhouette protectrice et ramassée de l'édifice — pyramide solide et trapue qui semble veiller, accroupie, à l'entrée de la cité ancienne.
Que voir
- La pyramide à quatre gradins : ce qui frappe d'abord chez Baksei Chamkrong, c'est la pureté de sa forme géométrique. Quatre gradins de blocs de latérite s'élèvent en degrés précisément décroissants pour soutenir, au sommet, une unique tour-sanctuaire en brique. Les proportions sont d'une harmonie exceptionnelle, et le temple est considéré comme l'un des plus beaux exemples de pyramide angkorienne ancienne. Chaque gradin est souligné d'une corniche de grès moulurée, et de raides escaliers grimpent au centre de chaque face.
- Le sanctuaire de brique : l'unique tour du sommet est bâtie en brique, avec des encadrements de portes en grès. La porte orientale — l'entrée principale — s'orne d'un linteau de grès magnifiquement sculpté représentant Indra sur son éléphant à trois têtes Airavata, flanqué de makaras (créatures marines mythiques). La qualité de cette sculpture rivalise avec celles des plus grands temples ; c'est l'un des plus beaux linteaux du Xe siècle.
- L'inscription de fondation : les piédroits du sanctuaire portent une inscription en sanskrit datée de 948. Ce texte est historiquement précieux : il restitue une lignée continue de rois khmers depuis le fondateur légendaire Kambu Svayambhuva jusqu'à Rajendravarman II. Il décrit aussi l'image dorée de Shiva qui se trouvait à l'intérieur et les rituels célébrés en son honneur.
- Les linteaux de grès : les quatre portes du sanctuaire sont surmontées de linteaux sculptés, mais celui de l'est est le mieux préservé. Le programme décoratif relève du style Pre Rup mature, avec des entrelacs floraux finement ciselés, des guirlandes et des figures mythologiques rendues avec une assurance remarquable. Ces linteaux témoignent du savoir-faire extraordinaire des sculpteurs khmers du Xe siècle, à une échelle relativement intime.
- Un point de vue privilégié : depuis le sommet de Baksei Chamkrong, le visiteur découvre une perspective singulière sur le paysage angkorien. La Porte Sud d'Angkor Thom et sa rangée de devas et d'asuras de pierre est visible au nord, le Phnom Bakheng s'élève juste derrière à l'est, et la chaussée qui file vers le sud donne une lecture limpide de la géographie processionnelle de la cité ancienne.
Architecture et contexte historique
Baksei Chamkrong est un monument de transition important dans l'évolution de l'architecture des temples khmers. Il représente le raffinement de la pyramide à tour unique apparue avec les temples du groupe de Roluos à la fin du IXe siècle, qui donnera plus tard naissance aux temples-montagnes à plusieurs tours des XIe et XIIe siècles. L'édifice montre comment les architectes khmers ont su atteindre une présence monumentale par la proportion et la précision plutôt que par la seule échelle.
La base de la pyramide mesure environ 27 mètres de côté, pour une hauteur totale d'environ 13 mètres. Les quatre gradins sont en latérite — pierre durable et riche en fer que les Khmers extrayaient en abondance — tandis que la tour-sanctuaire qui couronne la pyramide est en brique. Cette combinaison de matériaux était la norme pour les temples khmers du Xe siècle : la latérite pour la masse structurelle, la brique pour le sanctuaire, et le grès réservé aux éléments décoratifs comme les linteaux, les colonnettes et les encadrements de portes.
La maçonnerie de brique du sanctuaire est d'une qualité particulièrement remarquable. Les briques sont assemblées avec un adhésif d'origine végétale plutôt qu'avec du mortier, formant des joints si serrés qu'ils sont presque invisibles. L'extérieur de la tour était à l'origine paré d'une ornementation en stuc sculpté, dont des traces subsistent encore dans les zones abritées. Ce travail de stuc figurait des scènes complexes de la mythologie hindoue et des motifs floraux élaborés, donnant à la tour un aspect bien plus riche que ne le suggère son état actuel de brique nue.
La position du temple est significative dans le paysage urbain plus large d'Angkor. À la base du Phnom Bakheng — le temple d'État de Yasovarman Ier — et près de la Porte Sud d'Angkor Thom, capitale ultérieure de Jayavarman VII, Baksei Chamkrong occupait un emplacement symboliquement chargé, au croisement de plusieurs programmes royaux de construction étalés sur plusieurs siècles. Sa présence durable, à ce carrefour de l'histoire d'Angkor, traduit la continuité et la révérence qui caractérisaient la pratique religieuse khmère.
Conseils de visite
- À combiner avec le Phnom Bakheng : Baksei Chamkrong se trouve au pied du chemin qui monte vers le Phnom Bakheng. Visitez-le à l'aller ou au retour du temple-belvédère du coucher de soleil — cela ne prend que 15 à 20 minutes et enrichit considérablement l'expérience du Bakheng.
- Montez avec précaution : l'escalier qui mène au sommet est raide, avec des marches hautes et étroites parfois délicates. Prenez votre temps et utilisez vos mains pour garder l'équilibre si besoin. La montée est courte, mais demande de la prudence.
- Examinez les linteaux de près : apportez des jumelles ou un zoom si vous en avez. Les linteaux sculptés au-dessus des portes sont des chefs-d'œuvre de l'art khmer du Xe siècle et méritent une observation attentive.
- La lumière du matin est la plus belle : la face est capte magnifiquement le soleil matinal, illuminant le linteau principal et le sanctuaire de brique d'une chaude lumière dorée. L'après-midi, les sculptures orientales se trouvent dans l'ombre.
- Très peu de monde : Baksei Chamkrong est l'un des temples les moins fréquentés du circuit principal d'Angkor. Vous l'aurez presque certainement pour vous seul, ce qui en fait un lieu idéal de contemplation entre les grands temples bondés.
Comment s'y rendre depuis la Villa Agati
Baksei Chamkrong se trouve à environ 9 kilomètres de la Villa Agati, près de la Porte Sud d'Angkor Thom. Le trajet en tuk-tuk prend une quinzaine à vingt minutes. Le temple est visible depuis la route, sur le côté droit, lorsque l'on approche d'Angkor Thom par le sud, et votre chauffeur peut s'arrêter juste à côté.
Nous vous recommandons de combiner Baksei Chamkrong avec le Phnom Bakheng et Angkor Thom pour une exploration riche de la porte d'entrée méridionale d'Angkor. La réception de la Villa Agati peut composer un itinéraire sur mesure incluant ce joyau méconnu aux côtés des sites les plus célèbres. Un Pass Angkor est requis pour l'entrée.